17 minutes 7 octobre 2019

Aider un parent dépendant : les démarches, les aides et le rôle de l’aidant familial

aide à la personne

Quand un parent perd son autonomie, la famille se pose deux questions dans le désordre : que faire concrètement, et qui doit s’en occuper. La bonne séquence commence pourtant par une troisième, plus froide et plus utile : lorsqu’un parent perd pied, jusqu’où va exactement la perte d’autonomie ? Il existe pour cela une évaluation officielle, la grille AGGIR, qui conditionne l’accès aux aides financières. Voici cette séquence complète, du premier signe jusqu’au choix d’une solution, avec ce que la loi impose réellement aux enfants.

Les premiers signes de perte d’autonomie chez un parent vieillissant

La perte d’autonomie ne se mesure pas à l’état de santé général, mais à des gestes précis. L’évaluation officielle repose sur dix activités corporelles et mentales, dites discriminantes, que la grille AGGIR passe en revue. Ce sont les gestes essentiels de la vie quotidienne. Les observer chez soi, avant toute démarche, donne une image beaucoup plus juste que l’impression générale d’un dimanche.

  • Communiquer et se comporter de façon logique, se repérer dans l’espace et dans le temps.
  • Faire sa toilette, s’habiller et se déshabiller, se servir et manger.
  • Assurer l’hygiène de l’élimination urinaire et fécale.
  • Se lever, se coucher, s’asseoir et passer d’une de ces positions à une autre.
  • Se déplacer à l’intérieur du logement, puis à l’extérieur.
  • Utiliser un moyen de communication à distance, téléphone, alarme ou sonnette, dans le but d’alerter en cas de besoin.

Sept autres activités, dites illustratives, complètent le tableau sans entrer dans le calcul : préparer les repas, gérer son budget et ses démarches administratives, effectuer les travaux ménagers courants, utiliser un moyen de transport, acheter volontairement des biens, respecter l’ordonnance du médecin et gérer soi-même son traitement, et pratiquer des activités de loisir.

Deux de ces items méritent une attention particulière, parce qu’ils basculent souvent en premier et se compensent facilement. La capacité à alerter en cas de besoin conditionne tout le reste : un parent qui ne peut plus téléphoner après une chute n’est plus en sécurité chez lui, même s’il fait le reste. La gestion du traitement, elle, se dégrade discrètement, et un pilulier oublié plusieurs jours de suite en dit plus long qu’un long discours.

Faire évaluer la dépendance : la grille AGGIR et les six GIR

La grille AGGIR, pour autonomie gérontologie groupes iso-ressources, classe la personne âgée dans l’un des six groupes iso-ressources (GIR) possibles. Le GIR 1 correspond à la perte d’autonomie la plus forte, le GIR 6 à la plus faible. C’est ce classement, et lui seul, qui ouvre ou ferme l’accès à l’allocation personnalisée d’autonomie.

Les définitions officielles valent la peine d’être lues, parce que les familles se situent presque toujours un cran trop bas.

  • GIR 1 : personne confinée au lit ou au fauteuil, dont les fonctions mentales sont gravement altérées, et dont la présence continue d’intervenants est indispensable.
  • GIR 2 : soit personne confinée au lit ou au fauteuil dont les fonctions mentales ne sont pas totalement altérées mais dont l’état exige une prise en charge pour la plupart des activités courantes, soit personne dont les fonctions mentales sont altérées mais qui se déplace et nécessite une surveillance permanente.
  • GIR 3 : personne ayant conservé tout ou partie de son autonomie mentale, partiellement son autonomie locomotrice, mais qui a besoin quotidiennement et plusieurs fois par jour d’une aide pour les soins corporels.
  • GIR 4 : soit personne n’assumant pas seule ses transferts mais qui, une fois levée, se déplace dans son logement, soit personne sans problème locomoteur devant être aidée pour les activités corporelles et les repas.
  • GIR 5 : personne ayant seulement besoin d’une aide ponctuelle pour la toilette, la préparation des repas et le ménage.
  • GIR 6 : personne encore autonome pour les actes essentiels de la vie courante.

L’évaluation n’est pas déclarative : elle est réalisée par une équipe médico-sociale du département, qui se déplace au domicile lors d’une demande d’APA. Une personne classée en GIR 5 ou 6 lors d’une précédente demande, et dont l’état de santé s’est dégradé depuis, peut déposer une nouvelle demande. Une personne qui perçoit déjà l’allocation peut, de son côté, demander une réévaluation lorsque son état évolue, ou lorsque son proche aidant souhaite bénéficier d’un temps de répit.

Comment aider un parent dépendant : les démarches à effectuer

Face à la perte d’autonomie d’un parent, quatre démarches se posent dans cet ordre, et pas dans un autre. Les inverser fait perdre des mois.

  • Consulter le médecin traitant, seul à même de distinguer un vieillissement ordinaire d’une pathologie traitable, et de rédiger les certificats nécessaires.
  • Déposer la demande d’allocation personnalisée d’autonomie auprès du département, qui déclenche l’évaluation à domicile et le classement en GIR.
  • Sécuriser le domicile sans attendre la réponse : moyen d’alerte, éclairage, barres d’appui, désencombrement des passages.
  • Mettre en place une première intervention à domicile, même limitée, pour installer l’habitude avant que la situation ne se dégrade.

C’est le département qui décide de l’attribution de l’allocation personnalisée d’autonomie, et le délai est de deux mois à compter de la réception du dossier complet. Aucune condition de ressources n’est exigée pour l’attribution : les ressources ne déterminent que la participation financière laissée à la charge du bénéficiaire. Beaucoup de familles renoncent à effectuer les démarches en croyant leur parent trop aisé, ce qui est une erreur de raisonnement coûteuse : les aides financières ne dépendent pas du patrimoine, seulement la participation.

La démarche administrative est fastidieuse, et c’est souvent elle qui bloque tout. Une assistance administrative à domicile règle cette étape, et notre guide de la demande d’APA à Saint-Maur-des-Fossés décrit le dossier pièce par pièce ainsi que ce que finance réellement le plan d’aide.

L’obligation alimentaire : ce que la loi impose aux enfants

C’est la question qui divise les fratries, et le droit y répond de façon précise. L’obligation alimentaire est l’obligation d’aider matériellement des personnes de sa famille lorsque ces dernières sont dans le besoin, par une aide en nature ou matérielle. Son montant varie en fonction des ressources de la personne dans le besoin et de celles de son obligé alimentaire.

Elle existe entre parents et enfants, entre grands-parents et petits-enfants, et entre gendres ou belles-filles et beaux-parents. Un gendre ou une belle-fille n’est plus obligé alimentaire de ses beaux-parents si son époux ou son épouse et ses enfants sont décédés. Elle est réciproque entre ascendants et descendants : elle s’applique aussi bien aux parents qui doivent aider leurs enfants qu’aux enfants qui doivent aider leurs parents. Entre époux, il ne s’agit pas d’une obligation alimentaire mais d’un devoir de secours, qui existe également entre partenaires de pacte civil de solidarité (PACS).

Cette obligation devient très concrète le jour d’une entrée en établissement : les obligés alimentaires peuvent être mis à contribution pour financer une partie des frais d’hébergement d’un proche en maison de retraite ou chez des accueillants familiaux. Trois catégories de personnes en sont dispensées : les petits-enfants dans le cadre d’une demande d’aide sociale à l’hébergement pour un grand-parent, les enfants retirés de leur milieu familial par un juge au moins 36 mois pendant leurs 18 premières années, et les enfants dont l’un des parents a été condamné comme auteur, co-auteur ou complice d’un crime ou d’une agression sexuelle sur l’autre parent.

En cas de désaccord entre les enfants sur la répartition, c’est le juge aux affaires familiales qui tranche. Il vaut mieux, quand c’est possible, poser la question entre frères et sœurs avant que le département ne la pose à leur place, avec les tensions que cela suppose.

Les aides disponibles pour une personne dépendante à domicile

L’allocation personnalisée d’autonomie s’adresse aux personnes de plus de 60 ans classées en GIR 1 à 4, résidant en France de façon stable et régulière. Son plan d’aide est plafonné selon le groupe : 2 080,33 € par mois en GIR 1, 1 682,30 € en GIR 2, 1 215,99 € en GIR 3 et 811,52 € en GIR 4. La participation du bénéficiaire est nulle jusqu’à 933,89 € de revenus mensuels pour une personne seule, progresse ensuite, et atteint 90 % du plan d’aide accepté au-delà de 3 439,31 €. Elle n’est pas récupérable sur la succession.

Pour un proche en situation de handicap survenu avant 60 ans, la prestation de compensation du handicap prend le relais et couvre notamment l’aide humaine ; elle se demande auprès de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Les deux prestations ne sont pas cumulables. Une personne classée en GIR 5 ou 6 n’a pas droit à l’allocation, mais peut solliciter une aide-ménagère ou une aide financière auprès de sa caisse de retraite : c’est le circuit à connaître pour les situations les plus légères, et il est très largement ignoré.

Le crédit d’impôt services à la personne s’ajoute à ces aides financières, quelle que soit la situation. Il est égal à 50 % des dépenses supportées dans l’année, dans la limite de 12 000 € de dépenses pour le plafond de droit commun, et il bénéficie aussi aux foyers non imposables. Les aides perçues, dont l’allocation personnalisée d’autonomie, se déduisent des dépenses déclarées. Le détail du choix entre APA et PCH figure dans notre comparatif des deux prestations.

Devenir aidant familial : ce que le statut d’aidant familial implique

Aider un parent dépendant transforme un enfant en aidant familial, souvent sans qu’il l’ait décidé ni même remarqué. Le ministère souligne que ce rôle, souvent assumé par des membres de la famille, est essentiel pour le bien-être et l’autonomie des personnes aidées, et que les aidants familiaux apportent une aide indispensable dans les tâches quotidiennes. Le ministère du Travail et des Solidarités définit cette situation comme le fait d’apporter un soutien non professionnel, régulier et fréquent à un proche âgé, malade ou en situation de handicap, et indique qu’un Français sur cinq est concerné.

Il n’existe pas de statut d’aidant familial à demander en guichet : la situation se constate. Ce rôle a des conséquences mesurables sur la vie professionnelle et sur la santé de celui qui l’assume, et il ouvre des droits que peu de familles connaissent : un congé de proche aidant que l’employeur ne peut pas refuser, l’allocation journalière du proche aidant, et un droit au répit financé par le plan d’aide de la personne aidée. Notre guide de l’accompagnement des aidants détaille chacun de ces dispositifs, leurs montants et leurs conditions.

Deux garde-fous méritent d’être posés dès le début. Le premier consiste à répartir explicitement les tâches entre frères et sœurs plutôt que de laisser l’un porter la charge par proximité géographique : si les enfants ne posent pas cette répartition, elle s’impose d’elle-même au plus proche. Le second consiste à déléguer tôt les gestes qui usent le plus, la toilette et la nuit, plutôt que de tenir jusqu’à l’épuisement, quand il faut alors tout réorganiser dans l’urgence. La santé de votre proche compte, la vôtre aussi : les proches aidants qui s’effondrent précipitent l’entrée en établissement qu’ils voulaient éviter.

Solutions pour aider votre parent : domicile ou hébergement

La bonne réponse dépend beaucoup moins de l’âge que du GIR et de ce qui se passe la nuit. Quelles solutions retenir dépend donc de ces deux facteurs. Trois configurations couvrent la grande majorité des situations, du proche dépendant par intermittence à la personne âgée à domicile qui ne peut plus rester seule.

  • Autonomie encore large, GIR 5 ou 6 : quelques heures d’entretien du logement et d’aide aux courses suffisent, complétées par une téléassistance pour la sécurité.
  • Aide quotidienne nécessaire, GIR 3 ou 4 : plusieurs passages par jour pour la toilette, les repas et l’aide au lever et au coucher, avec un plan d’aide APA.
  • Dépendance lourde, GIR 1 ou 2 : interventions renforcées, présence de nuit, matériel adapté, et question du lieu de vie à poser franchement.

Le maintien à domicile tient bien plus longtemps que les familles ne l’imaginent, à condition d’ajuster progressivement plutôt que d’attendre la crise. La question de l’hébergement en établissement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ou en maisons de retraite se pose vraiment lorsque les troubles cognitifs avancés rendent la nuit dangereuse, ou lorsque plusieurs interventions quotidiennes ne suffisent plus. Une maladie d’Alzheimer diagnostiquée ne signifie d’ailleurs pas à elle seule la fin du domicile : notre article sur l’accompagnement des troubles cognitifs détaille les dispositifs qui permettent de tenir plus longtemps. Notre comparatif entre aide à domicile et maison de retraite met les deux options côte à côte, coût compris.

Reste le cas du parent qui vit seul sans être encore dépendant. La situation ne relève pas des mêmes réponses : c’est l’isolement qu’il faut traiter, pas la perte d’autonomie, et les signaux à surveiller ne sont pas les mêmes. Nos conseils pour une personne âgée qui vit seule traitent ce cas de figure, y compris la manière d’en parler quand elle refuse toute aide.

Conseils pratiques : par où commencer cette semaine

Une famille qui découvre la dépendance d’un parent a tendance à tout vouloir régler d’un coup, ce qui produit un refus net et fait perdre du temps. Trois actions, posées dans cet ordre sur une semaine, valent mieux qu’un plan complet jamais appliqué : prendre rendez-vous chez le médecin traitant, retirer le dossier d’allocation personnalisée d’autonomie auprès du département, et faire réaliser une évaluation à domicile par un service d’aide à domicile.

Cette dernière évaluation apporte ce qui manque le plus aux familles à ce stade : un avis extérieur sur ce que le parent peut encore faire, et sur ce qui relève déjà d’un tiers. Elle aide aussi à calibrer le premier volume d’heures, presque toujours surestimé au départ et abandonné quinze jours plus tard. Elle recense enfin les ressources disponibles autour de vous, des aides financières aux services de proximité.

Orvita intervient à Saint-Maur-des-Fossés et dans les communes voisines du Val-de-Marne, avec une permanence téléphonique annoncée 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. L’intervention démarre le plus souvent par ce qui pèse le moins symboliquement, l’entretien du logement ou l’aide aux courses, avant d’aller vers les gestes plus intimes. C’est ainsi qu’un parent dépendant accepte durablement une présence chez lui, plutôt que de la subir.

Questions fréquentes

Qui doit s’occuper de ses parents âgés dépendants ?

Le droit impose une obligation alimentaire entre ascendants et descendants : les enfants doivent aider matériellement leurs parents dans le besoin, en nature ou financièrement, selon les ressources de chacun. Elle vise aussi les petits-enfants ainsi que les gendres et belles-filles. Les obligés alimentaires peuvent être mis à contribution pour financer une partie des frais d’hébergement en maison de retraite. Certaines personnes en sont dispensées, et le juge aux affaires familiales tranche en cas de désaccord.

Comment savoir si un parent est dépendant ?

En regardant dix activités précises plutôt que l’état général : communiquer, se repérer dans le temps et l’espace, faire sa toilette, s’habiller, manger, assurer l’hygiène de l’élimination, se lever et s’asseoir, se déplacer dedans puis dehors, et utiliser un téléphone ou une alarme pour alerter. C’est sur ces items que repose la grille AGGIR, qui classe la personne dans l’un des six groupes iso-ressources. L’évaluation officielle est réalisée au domicile par l’équipe médico-sociale du département.

Par quoi commencer quand un parent perd son autonomie ?

Quatre, dans cet ordre : consulter le médecin traitant, déposer une demande d’allocation personnalisée d’autonomie auprès du département, sécuriser le domicile sans attendre la réponse, et mettre en place une première intervention à domicile même limitée. Le département dispose de deux mois à réception du dossier complet pour décider, et aucune condition de ressources n’est exigée pour l’attribution : les ressources ne déterminent que la participation financière.

Un parent classé en GIR 5 ou 6 a-t-il droit à une aide ?

Pas à l’allocation personnalisée d’autonomie, réservée aux GIR 1 à 4. En revanche, une personne en GIR 5 ou 6 peut solliciter une aide-ménagère ou une aide financière auprès de sa caisse de retraite. Le crédit d’impôt services à la personne, égal à 50 % des dépenses dans la limite de 12 000 € par an pour le plafond de droit commun, s’applique de son côté quelle que soit la situation, y compris pour les foyers non imposables.

Peut-on faire réévaluer le GIR d’un parent âgé ?

Oui. Une personne qui perçoit déjà l’allocation personnalisée d’autonomie peut demander une réévaluation de son degré de perte d’autonomie lorsque son état de santé évolue, ou lorsque son proche aidant souhaite bénéficier d’un temps de répit ; il faut alors contacter l’équipe médico-sociale ayant réalisé la précédente évaluation. Une personne classée en GIR 5 ou 6 lors d’une demande antérieure peut, elle, déposer une nouvelle demande.

Quels droits ouvre le fait de devenir aidant familial ?

Trois principalement : le congé de proche aidant, que l’employeur ne peut pas refuser, d’une durée maximale de trois mois renouvelable sans dépasser un an sur la carrière ; l’allocation journalière du proche aidant, versée par la caisse d’allocations familiales ou la Mutualité sociale agricole ; et un droit au répit inscrit dans le plan d’aide de la personne aidée, majorable lorsque le plafond du plan est atteint.

  • Découvrir les prestations d’accompagnement
  • Faire aider votre parent dans ses démarches
Portrait de Mickael Zander
Écrit par
Mickael Zander
Conseiller en aide à domicile - Orvita Saint-Maur-des-Fossés

J’accompagne chaque jour les familles du Val-de-Marne dans la mise en place d’une aide à domicile sereine et bien financée.

LinkedIn

Laissez votre commentaire

Parlons de votre situation, gratuitement

Un conseiller Orvita vous rappelle sous 24h pour évaluer vos besoins et vous présenter une solution sur mesure, sans aucun engagement.